La Toussaint...
Je n'aime pas la Toussaint, la fête des morts, ce n'est pas mon truc. De plus, je n'ai pas envie d'aller fleurir ma tombe. Remarquez, qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même ! Si, j'en ai une, depuis bien longtemps. Dessus, il y a marqué "Ci gît Moi, né en septembre". Dans la précipitation, ils ont juste oublié de me mettre dedans. Depuis, j'ai un domicile de plus, un peu froid, mais à côté d'un ami d'enfance, lui aussi parti trop tôt. L'histoire, déjà, avait mal commencé. Jamais je n'aurai dû naître, mais le soir où je fus conçu, le film était mauvais, le chauffage précaire, ceci expliquant cela…
Sans attendre qu'elle soit dans un lit, je venais au monde sur le carrelage. Je pris très tôt conscience que la vie serait rude et froide. J'ai la tête dure, je survécus. Moche le mioche, déclara l'auteure de mes jours de sa voix haut-perchée de bourgeoise coincée du fion, on en fera un prolo ! Quelques heures à peine en ce monde et, déjà un laissez-passer, gage d'un avenir radieux. Par chance pour elle, une vilaine maladie me mit en péril. Las pour elle, je surmontais ce vilain cap. Depuis, je n'ai jamais cessé de mourir. La vie est une maladie sexuellement transmissible dont on meurt forcément, mais nul n'est obligé d'essayer plusieurs fois. D'un naturel têtu, j'ai souvent tenté ma chance et, j'en conclus que je ne suis pas un bon joueur. Je perds systématiquement. Finalement, je suis décédé quatre fois en tout, deux fois de maladie, une fois par noyade et une fois sur la route. Beau palmarès par un vivant ! Mais cette fois-ci, dans un coma profond, les médecins ne me donnaient que quelques heures, pas plus. Il fallait donc faire vite, du rapide et du bien fait. Le jour même, tout fut prêt. Les pompes funèbres sont très efficaces et, si cordiaux pour accueillir les nouveaux venus, qui d'ailleurs ne sont pas bruyants et si calmes. On me ramena chez moi, pour que je puisse mourir dans mon lit. Quelle idée ! Ne pouvait-on me laisser partir tranquillement, comme tout le monde ? Non, ma mort devait être une mort cachée, pas un triomphe en public. Au matin suivant, je buvais mon café, un peu dans les brumes, mais bien vivant. Encore une fois, je m'étais singularisé en faisant courir "ceux qui m'aimaient", pour rien. Alors, les tombes et les festivités s'y rapportant, je les boude ferme. Normal, je suis paraît-il conflictuel.
J'aime bien les romans, ma vie en est un, mais si je disais tout, ce ne serait pas crédible un seul instant. Je suis un mort surcitaire ! Pour le coup, j'irai au bord de la mer, chez moi, sur mes terres nord vendéennes...




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