La première requête de ceux qui visite mon blog est " Salaire des écrivains" ! Ecrire est long et difficile et ne permet que rarement d'en vire, au mieux, c'est juste un plus. Pourtant, écrire pour être lu demande beaucoup de travail, de remise en cause de soi, de ténacité et de patience. Le livre de Camilien Roy, L'Art de refuser un roman, explique cela très bien et, bien des aspirants écrivains devraient s'en inspirer un peu plus, avant de se lancer dans la folle idée de se voir éditer pour devenir riches et célèbres. Ecrire un roman est très chronophage, et même une fois qu'il est (par bonheur) accepté, il faut encore patienter pour le voir dans les rayonnages des librairies. Après l'acceptation, il y a les corrections, la mise en page, la couverture, les accroches à rédiger (4 ème de couverture), puis prévoir la diffusion. Ce n'est pas rien, c'est un travail en plus de celui qui permet de manger tous les jours. Ne serait-ce que la promotion d'un ouvrage, c'est déjà un travail prenant. Il faut rencontrer beaucoup, en parler et en faire parler, le montrer et convaincre, donner envie de lire aux lecteurs. Pour qu'un livre marche, il faut aussi qu'il apporte quelque chose à ceux qui le liront. Un livre n'est pas qu'une suite de mots qui forment des phrases au long des pages sans interpeller son lecteur, sans le pousser à ressentir. L'émotion que suscite un livre est primordiale pour qu'il ait une chance de marcher bien. Il ne doit pas laisser indifférent.
«L'Art de refuser un roman»
Par Thomas Lizotte source : Hebdochaleur.ca
Écrire un roman n'est pas chose des plus aisées. En effet, en plus de devoir se concentrer sur chaque mot, chaque phrase et chaque paragraphe afin que l'œuvre finale reflète le dur labeur dans lequel s'est engagé l'écrivain, il doit en plus se contraindre à essuyer l'échec et ce, plus d'une fois.
Camilien Roy en sait quelque chose. Cependant, au lieu de s'apitoyer sur son sort comme pourrait le faire ses congénères, voilà qu'il confectionne un roman qui présente sur papier toutes les lettres de refus qui ont atterri - ou qui pourrait éventuellement atterrir - dans la paume de main de futurs écrivains.
«L'Art de refuser un roman». Voilà le livre de M. Roy qui se verra peut-être chez vous sous peu, étant donné le brouhaha médiatique dans lequel il se trouve actuellement. À cet égard, bien que l'auteur et son «bébé» soient natifs de Robertville, les médias à l'extérieur du Nouveau-Brunswick se sont quand même permis de l'aduler, notamment à Salut Bonjour, La fausse aux lionnes et RDI, pour ne nommer que ceux-là.
Plus près de chez vous, quelques élèves de l'école secondaire népisiguit ont eux aussi eu connaissance de ce fameux roman. Membre à part entière d'un club de lecture, ils ne sont pas faits prier pour dévorer des yeux les lignes du roman de Camilien Roy. Pour satisfaire leur curiosité et trouver réponse aux multiples questions que se posaient les jeunes sur le roman, Marc Rioux, enseignant à l'ESN, a invité l'auteur et les futurs écrivains à prendre part à un dîner-causerie.
Les lecteurs et lectrices du petit club de lecture en ont appris gros sur l'auteur, mais plus précisément sur le métier d'écrivain. Saviez-vous que, sur 1 000 manuscrits reçus d'une maison d'édition, seulement cinq seront choisis pour publication ? De même, après près de 2 à 5 ans de rédaction pour l'écriture d'un manuscrit, il faut attendre des mois, voire même une année…pour se faire refuser son travail. Ils ont cependant aussi appris que s'ils persévèrent, le résultat peut leur en être profitable, comme ce fut le cas pour Camilien Roy. De multiples lettres de refus s'entassent toujours dans ses tiroirs, mais seulement une est en train de changer sa vie. En effet, sa dernière œuvre, «L'Art de refuser un roman», est maintenant publiée à la grandeur du pays, mais aussi au Brésil et en Espagne.
Serait-ce un signe que le succès guette dangereusement l'artiste acadien ? Une chose est sûre, il chérira toujours le rêve de pouvoir vivre de sa plume. L'auteur qui tout jeune - à cause d'une dyslexie - éprouvait une grande difficulté en français est bien malgré lui, un exemple parfait de persévérance. «Lire, toujours lire. C'est ce que j'ai fait pour surmonter ma dyslexie», confie l'auteur. Un danger vous guette cependant lorsque vous commencez à entrer, sans préoccupation du temps, dans l'univers romanesque. «Le danger d'un surplus de lecture, est le commencement de l'écriture…» a-t-il conclu avec un sourire aux lèvres qui a laissé perplexe les étudiants qui siégeaient autour de la table.
On peut trouver ce livre ICI
Mais aussi, le billet de chez Wrath par un éditeur anonyme et qui désire le rester
Il faut avouer que W. a un peu raison. Je suis éditeur moi-même (je tiens évidemment à rester anonyme) et j'admets qu'à de très rares exceptions près, les premiers romans que nous publions le sont, disons, "préférablement" à d'autres. Un éditeur ne peut publier qu'un certain nombre d'ouvrages chaque année, plus ou moins défini d'avance. Une fois que vous avez sorti les derniers ouvrages des écrivains maison, les éventuels seconds romans de primo-romanciers prometteurs, et enfin les premiers romans de personnes qu'il serait, je l'ai dit, "préférable" de publier (pour moultes raisons politico-stratégiques), il ne reste pour ainsi dire plus de place pour qui que ce soit d'autre, même avec la meilleure volonté du monde. C'est bêtement arithmétique en fait. Et de toute façon on n'a plus vraiment le temps de se pencher (comme on pouvait le faire jadis) sur ces manuscrits dont l'accumulation donne déjà la nausée. (Malgré tout ils sont parcourus. Mais en général la productivité nous oblige à les lire "industriellement", c'est à dire pas très attentivement.) Bien sûr il y a l' "accident", le miracle, l'ovni (comme l'a été l'imparable Truisme de M.Darrieusecq en son temps, arrivé par la Poste), ficellé de telle façon qu'il ne peut passer inaperçu (roman habile, idée best-seller, pas trop long, simple à lire et passe-partout). Il ne faut pas se leurrer : sale temps pour ce que vous appelez les "wannabe"... Ça a toujours été un peu comme ça, mais là, je le concède, ça se resserre, c'est plus dur, voire impossible. Accrochez-vous quand même on sait jamais ! Sachez par ailleurs que si cette "ouverture aux manuscrits non sollicités" est maintenue dans la plupart des maisons, c'est pour ne pas faire mourir totalement l'espoir ; c'est parce qu'aussi une part non négligeable de nos lecteurs sont susceptible de nous envoyer leur travaux. Mais l'idée de l'éditeur "à la recherche perpétuelle de la pépite", c'est un mythe. Ça a existé au siècle dernier peut-être, mais là, avec plus de cent manuscrits reçus chaque semaine, ce ne peut être qu'une idée révolue. Hélas les jours n'ont, en ce qui me concerne, que 24 heures.
Mais aussi : Extrait du récit "Une chance infinie", publié par Anne Carrière en 2001 aux éditions de la Table ronde: Posté par Nicole sur le blog de Wrath.
"Comme tous les éditeurs, je suis très sollicitée. Nous recevons plus de cent manuscrits par semaine alors que nous en publions trente par an. Ils sont tous regardés. Pour ceux qui sont refusés, j'avais l'habitude de faire un petit mot manuscrit afin d'encourager l'auteur, tout en précisant bien que je ne publierai pas. J'ai arrêté car certains me harcelaient. Ils étaient si touchés que je leur réponde qu'ils voulaient continuer à me demander des conseils. Je n'ai pas le temps. Je reçois beaucoup de lettres agressives m'accusant de ne pas donner leur chance à des inconnus, de ne pas lire leur livre. Je fais ce que je peux et parfois, je ne peux pas faire face. Il n'y a pas d'obligation légale à la lecture d'un manuscrit, pas davantage à sa publication."
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