les amitiés à demi
Le bon mot d'hier :
Une amie me disait ce matin que sa fille lui avait raconté, que sa copine avait de plus jolies fesses qu'elle ! Yes, un scoop en la matière dont seul une fille est capable. La jeune fille, de dix sept ans, avait continué d'expliquer à sa mère, que comme sa maman, son postérieur n'était pas rebondissant ! La copine me racontait cela le plus sérieusement du monde, alors que le fou rire commençait à ma tenailler ferme, mais il me fallait rester calme pour ne pas risquer de la vexer. Je m'imaginais déjà ces dames avec des fesses en train de rebondir ! Un appel de mon téléphone m'a heureusement sorti de cette vilaine position.
Ma copine est d'un bon très niveau d'étude et cette faute de langage me laisse encore bien perplexe, et de bonne humeur pour longtemps. Maintenant, lorsque je la regarde de dos, et bien malgré moi (je le jure), je cherche à voir si ses fesses rebondissent convenablement…
-
L'histoire aurait pu s'arrêter là, tout simplement, comme une trêve dans le quotidien ou un rayon de soleil dans la grisaille parisienne, mais cela aurait été sans compter sur les aléas de la nature féminine. Une confidence en entraînant facilement une autre, ma collègue fraîchement divorcée d'un époux très trompeur, a renouer avec ce vilain travers qu'est le plaisir de la cigarette. Fumeur également, nous descendons ensemble les sept étages pour prendre l'air et nous tenir compagnie dans les courants d'air. On imagine souvent les gens que l'on côtoie comme on les voit, regarder sans voir derrière les apparences, en se contentant de ne conserver d'eux que l'image qu'ils projettent. Assurément, c'est seulement maintenant que je la découvre.
Elle perd peu à peu son statut de simple collègue un peu rigide pour devenir une personne complète, qui pense, aime et souffre. Une simple erreur de langage aura suffit pour la rendre plus humaine, moins convenue que celle que je connaissais dans son tailleur clair BCBG. Lors de la pose clope, elle devient presque une bonne copine qui rigole et confie ses tourments. Qui aurait pu penser que cette cadre de direction autoritaire et si sobre avait autant de peines cachées, refoulées depuis si longtemps ? Elle qui semblait jusqu'ici une meneuse d'homme qui ne s'en laisse pas compter, qui décide pour vous en assénant des "évidemment vous êtes d'accord avec moi !", qui vous fouille le fond de l'âme du regard quand vous entrez dans son bureau, en lâchant un glacial "fermez la porte derrière vous" en guise de signe de bienvenue ; ose enfin se révéler avec une certaine fragilité. Ce jour nouveau l'éclaire autrement, sa carapace se fissure, le verni se craquelle et pour la première fois, je peux voir les petites marques qu'infligent les ans au bord des yeux, ces légères imperfections qui rendent les gens humains et touchants. Ce n'est ni le lieu, ni mon rôle, mais à certains moments j'aurai aimé la serrer dans mes bras, la réconforter, comme un ami qui console. Pourtant, nos visées professionnelles divergent totalement, à elle d'organiser et gérer ce que je suis supposé mettre en œuvre, je dépense et elle doit boucher les trous.
Sera-t-il toujours aussi facile de l'embobiner désormais, de lui servir des "projets solides" alors que j'en connais les failles, dont elle devra s'arranger comme autrefois, se débattre seule des soucis quand moi je m'en affranchi ? Parfois, il est usant de constater que le milieu professionnel ne laisse pas de place à l'amitié, au mieux, l'on pourra espérer un timide respect mutuel. Un équilibre périlleux que la bonne marche des affaires peut balayer en quelques instants, sur un coup de stratégie, ou parce que la vie n'est pas si simple.





Les commentaires récents